Championnats du monde Ironman 70.3, Nelson Mandela bay: Part2


Course, Lui / mercredi, octobre 17th, 2018

Ne voulant pas faire un  article trop long, j’ai préféré le séparer en deux parties et laisser le suspense sur ces championnats du monde même si vous connaissez le résultat.

Nous voici sur la plage, les pros sont partis. Olivier et Vincent partent 10 min après. La chance! Quant à moi je vais attendre plus d’une heure.

Me voilà non loin du box. J’enfile le bas de ma combinaison et je me dirige vers le box où se trouve ma catégorie. Car pour ces championnats du monde, c’est un Rolling Start mais par catégorie d’âge. 

Marine reste à côté moi. Nicky est venu voir mon départ. Le stress est là. On est le 2 septembre et j’ai l’impression que c’est la rentrée scolaire. J’essaie de relativiser et de me dire que c’est ce que j’ai préparé toute l’année. J’embrasse une dernière fois Marine, j’aurais aimé qu’elle soit un peu plus longtemps près de moi.

Départ des championnats du monde

Départ en natation

La catégorie est annoncée. Ayant trainé un peu, je me retrouve avec les derniers et j’essaie de me faufiler tant bien que mal. Le départ en 10 par 10 crée une belle file.

Beep, beep, beep, … Yep ! 

Pour vous dire la vérité, je n’étais pas encore dans l’eau, que je me faisais pipi dessus. Trop de pression, c’est les championnats du monde ! 
C’est parti, je cours à toute allure vers l’eau et je plonge je fais quelques mouvement de bras et c’est parti !

Départ avec le courant de face. Ne me sentant pas en difficulté, je vois vite la grosse bouée rouge au loin qui annonce les 400 m et cela m’étonne de la voir si vite. On nage côte à côte à 2, on se tire mutuellement. C’est plutôt bien même si les vagues ont vraiment pris du volume depuis le matin. J’ai l’impression d’être dans un manège de fête foraine. Quand j’étais dans les creux des vagues, celles-ci masquaient les bouées. Voyant que je remonte des concurrents, c’est que je suis sur la bonne voie.

Passant le premier virage sans trop d’encombres et que je suis toujours en parallèle de mon compagnon d’échappée. Ne sachant pas si il souffre pour rester avec moi mais, pour ma part, je me sens confiant. Comme quoi l’entraînement à Noirmoutier, avec les algues, m’apporte beaucoup. C’est à ce moment là que je me rappelle des sorties en mer avec Marine sur le stand, ce qui me pousse à aller la rejoindre.

Direction la 3 ème bouée rouge. Cette dernière, sur le plan, est en face de la deuxième. J’ai bien dit sur le plan mais réellement elle se retrouve assez sur la droite. En gentil troupeau que nous sommes, on rectifie la trajectoire. Au passage de la 4ième bouée rouge, c’est légèrement plus compliqué que précédemment. On se retrouve à plusieurs et on se percute un peu.

Le retour se fait également en diagonale et de nouveau, je ne prends pas la bonne direction car je ne vois pas la bouée. Je me fie à la horde de bateau et de jet-ski qui parfument l’eau de leurs précieux échappements… 
Valérie nous avait prévenu que, passé les 400 m, l’eau deviendrai plus chaude et qu’elle aurait ce doux parfum de carburant. C’est le cas !


Pour ce qui est de la température de l’eau, je n’ai pas eu froid et je n’ai pas senti la différence d’ailleurs. Par contre le carburant, je l’ai bien senti. Surtout quand les vagues se font assez hautes et que c’est le moment de respirer. Et voilà, une bonne tasse plein de gazoil.

Au retour, je suis le chemin tant bien que mal. Les vagues nous frappent de la droite vers la gauche. Durant quelques instants, je me prends quelques grosses vagues, c’est ce qui me fait prendre conscience que je ne suis plus du tout sur la bonne trajectoire. Je file et j’essaie tant bien que mal de tirer sur ma droite.

Dernière bouée et voilà l’arche

Les pros, la veille, nous ont fait rêver avec leur sortie d’eau. J’ai vu les vidéos de Lucy Charles surfant sur les vagues de façon impressionnante. Me voici dans les derniers mètres de cette natation, quand je sens l’aspiration vers l’arrière. Je suis dans la vague. A ce moment là, je ne réfléchi pas vraiment et comme les enfants je me laisse glisser sur les vagues. Oh que quelle belle glisse ! Je sors de l’eau et je fonce… Mais dans le sable c’est pas facile, là où 2000 athlètes sont déjà passés ça ressemble plus au plancher des vaches…

A la sortie de l'eau
A la sortie d’eau

Transition 

Elle est longue ! Trop longue, mais c’est pareil pour tout le monde. Je trottine tout en essayant de récupérer. Sur le chemin pour arriver au sac de transition, il y a des bénévoles qui aident les triathletes à retirer leur combinaison. C’est plutôt sympa. Directement, je repars vers mon sac. Casque, chaussettes et c’est parti. Comme il pleut les chaussettes ont directement pris l’eau et, au bout de 20m, font déjà sploch sploch… J’attrape mon vélo et je fonce vers la sortie.

La veille, nous avons été voir le départ des femmes, car la petite bosse au départ ne me disait rien qui vaille. Et effectivement, de nombreuses athlètes avaient eu des soucis pour enfourcher leur bécane. J’avais adapté mon développement, pour qu’une fois sur le vélo je puisse partir facilement.

Vélo

Au départ, je me sens pas trop mal, je n’ai pas excessivement chaud mais ça va. La trifonction longue manche de chez Aptonia me couvre un peu plus. Après moins de 1km, alors que je lance seulement la machine, me voilà pris d’une petite crampe sur l’arrière de la jambe. En me plaçant correctement, j’essaie de ne pas forcer dessus. Ca passe, ouff !

Nous voici dans la première bosse. Ça ne monte pas raide mais elle fait 15 km. Je me positionne par rapport aux watts. D’autres concurrents me reprennent et j’en dépasse quelques uns également. On est pas nombreux dans les dernières vagues. Roulant avec l’intention d’atteindre le haut de la bosse en moins de 30 min, j’y suis. Très vite, je vois le premier ravito. Je le passe normalement je n’ai besoin de rien et encore moins après 30 min.

C’est maintenant que ça commence

Me lançant à fond dans la descente, je me fais reprendre, par des mecs équipés de bolides à roues pleines.Ce n’est pas aussi rapide que lors de l’entrainement de Mardi. Je mange un bout directement. N’ayant pas réellement faim mais plutôt froid, je me dis que je suis peut-être au bord de l’hypothermie.

Je roule à peine à 50 km/h dans la descente… Je pousse dans les montées. Je ne me sens pas accélérer. Les watts sont pour l’instant à plus de 250. Le vent s’est levé, léger et constant, c’est de face qu’il va nous accompagner. Ce n’est pas un vent violent mais c’est celui qui te colle à la route bien comme il faut. Et la pluie, qui s’invite depuis le début de mes championnats du monde. Roulant vers le turn point, j’essaie de rester assez lucide en m’alimentant bien.

Quand je passe au ravito, je prends au moins une gourde d’iso sinon deux car ce sont des petites gourdes de 400ml et il m’en faut au moins 2 pour remplir mon aerodrink. J’essaie également de voir ou je peux trouver à manger solide. Des barres énergétiques et autres… mais c’est peine perdue, je suis parti avec 2h de retard sur les pros, il y a probablement 2000 athlètes qui sont passés avant moi. Je comprends très vite que je n’aurais plus rien de solide à part ce que j’ai pris en partant.

Après 1h30 de route, je me retrouve à sec en nutrition. En tant normal, j’aurais tenu 3h facilement. Au moment des ravitos, je décide de prendre des gels. N’ayant que cela, je carbure aux gels caféiné. Je ne me strike pas un gel d’une fois pour faire durer le plaisir et surtout pour limiter la montée du boost et surtout gérer la descente.

Au niveau de la route et du tracé, je vois les autres groupes d’âges qui reviennent. Quand je dis des groupes, ce sont des groupes, les mêmes que vous voyez le dimanche en groupe de 20 rouler ensemble. WTF ! Ce sont les championnats du monde !

Où sont les référés???

Apparemment pas avec eux. Je roule et j’arrive au pied des premières bosses. Je pensais prendre un max de vitesse et la monter correctement. Mais disons que ça ne se passe pas comme prévu et puis elle monte cette bosse. Je décide de tourner les jambes, qui apparemment n’ont pas envie, et je roule au watt. Tous le monde a du mal dans ces bosses.

Le retour 

Au demi tour, je me dis qu’avec le vent dans le dos ça va aller. C’est maintenant que ça commence. Au vu de la tête de ceux que j’ai croisé, je me méfie un peu. C’est au moment où je reviens sur la route principale que je comprends que je ne suis pas vraiment près de rentrer. Le vent a changé sur le temps du demi tour.

Kilomètre par kilomètre

Pensant à marine qui doit m’attendre, je roule au kilomètre et aux watts pour que cela passe plus vite. Ce n’est pas évident, on est à 2h de course, la faim commence à arriver assez vite et je n’ai plus rien.

En prenant un de mes gels, je me fait dépasser par quelqu’un. Je n’y prête pas vraiment attention. Il a pris un peu plus de vitesse dans la descente mais voilà un faux plat. Je reviens beaucoup plus vite que je ne pensais sur lui, au moment de lever la tête je veux le dépasser. J’entends que l’on me crie dessus car on me dépasse également. Au moment, où je m’apprête à dépasser, la moto arrive et me colle une pénalité. Tant bien que mal j’essaie de lui expliquer mais il n’en a rien à faire.

Je décide de rouler pour terminer ce parcours et je suis assez énervé. Contre moi, mes jambes, l’arbitre… Où était-il tout à l’heure? surement pas avec les groupes de 40 athlètes…

Je roule au milieu

Pour rentrer, je pousse car ça m’énerve. Je roule au milieu, le référé me fait signe de rouler sur la droite. Si je fais ce qu’il me dit, je vous laisse deviner où je me retrouve.

Le moment de la pénalité 

L’arrivée n’est plus très loin car je vois l’université de Nelson Mandela. Je roule en relâchant mes jambes. Ca fait 25 kilomètres que je me retiens d’aller pisser et j’ai difficile à tirer dans le vélo. Voyant la tente des pénalités, je m’arrête. Je dois m’expliquer parce que l’on ne sait pas vraiment pourquoi je suis là. Après cela, je demande si je peux aller au toilette. Le référé me dit  » non « , lui répondant que c’est impossible que j’attende 5 min comme ça, je vais relâcher la pression plus loin.

Reprennant mon vélo, on me tend un vieux chrono. Ce genre de vieux modèle avec les boutons cassés et je vois qu’il démarre de 0. Directement je proteste ! J’ai de la chance dans mon malheur, le référé a pris une photo de mon casque quand je suis arrivé.

Il reste 2 kilomètres pour arriver au parc. Je vois le temps à vélo et je ne suis pas content. Ca s’est vu sur mon visage, je pense. 

Transition 2 

Je dépose mon vélo aux bénévoles, qui ceci dit n’y feront pas attention, et je me dirige vers mon sac. J’avais bien reconnu les lieux et mon numéro est le 2611. Comme il y a un affichage en 10 par 10, ça reste assez simple de retrouver mes affaires. Je décide de changer de chaussettes pour courir, les miennes sont trempées. Je referme mon sac et c’est parti pour un semi marathon

Un run de 21 km

C’est vraiment ce que je me suis dis. Je ressens quelques douleurs aux niveaux des jambes. Pour le coté droit, elle se situe à l’arrière et pour le côté gauche, c’est à l’avant. 

M’élançant donc prudemment sur ce semi-marathon, je ressens que les premiers kilomètres défilent assez vite. Voyant à ma montre, que je passe certains kilomètres en 3’55 », je lève le pied. A ce moment de la course, il en reste pas loin de 17. J’avale les kilomètres sans trop de difficulté, et voyant tous les amis qui sont là, ça remonte le moral.

Il faut savoir que sur un tour, soit 10km, il y a 2 bosses. Qui dans le deuxième tour fond assez souffrir l’organisme. J’en profite pour me relaxer un peu et reprendre de plus belle dans la descente. Les ravitaillements sont en plein milieu de celle-ci, ce qui, pour ma part, n’est jamais fort malin.

Bon c’est un semi-marathon, je suis pas tout sourire mais le souvenir y est incroyable 

Je me sens vraiment bien sur ce parcours à pied ! L’entrainement paie vraiment sur cette partie. Me sentant bien, je ne me mets pas dans le rouge et je tourne en 4’10-4’15 /km. Une fois que je me sens ralentir, je n’ai pas de mal à reprendre de la vitesse.

Me voici au km 15. Je vais très vite rejoindre Marine mais il me reste à monter la dernière petite bosse. Croyez moi ou non, mais on la sent passer! Malgré tout j’arrive à reprendre quelques personnes sur cette partie. 

Finish line 

2 kilomètres me séparent de la finish line de ces championnats du monde. 2000m pour me laisser aller, pour libérer la frustration de ce vélo, je laisse aller mes jambes le plus vite possible en profitant. Je passe bien en dessous des 4’/km et ça me fait du bien.

En général, la finish line, c’est le moment où l’on profite. Je voulais passer avec notre drapeau et je l’ai fait. Je suis fier de ce que j’ai accompli, des heures d’entrainements à tourner en rond, et surtout d’être venu jusqu’ici, aux championnats du monde d’ironman 70.3.

Tout donner jusqu’au bout ! 

Résultat de ces championnats du monde

4h49, c’est le temps que j’ai mis pour boucler ce half distance. Heureux, d’avoir goûté à cela, de m’être battu avec les meilleurs du monde. Je n’aurais qu’un regret sur ces championnats du monde, c’est mon vélo ! Je sais que je suis capable de rouler plus fort que ça mais ce jour là, ce n’était tout simplement pas un bon jour.

Remerciements

Je remercie encore mes divers sponsors qui m’ont soutenu jusqu’au bout et sans qui, cette aventure n’aurait pas été possible.

Je pense également, à ma famille qui m’a aidé dans l’organisation du souper en Mars, mes amis, les connaissances d’un peu partout, des personnes qui m’ont commandé des kilos et des kilos de galettes pour me soutenir.

Merci aux coachs, à qui je fais attraper des cheveux blancs. Merci aux copains d’entrainements.

Marine qui me soutient et me pousse à donner le meilleur de moi-même, qui me suit partout où j’ai envie d’aller, je t’aime mon chat.

En écrivant ses remerciements, j’ai la gorge serrée, le coeur noué et les larmes qui sont au bord des yeux.